[Fil Actu] Hackers : l’autre monde – Aspects criminologiques des hackers
samedi 8 mars 2003
« Si le piratage opéré par un « particulier » est un crime, il apparaît que le piratage opéré par un Etat serait soit un service rendu au marché économique (comme nous l’expliquait James Woosley), soit une nécessité afin de maintenir un certain équilibre entre espions et espionnés. »
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Hackers : l’autre monde – Aspects criminologiques des hackers
20 Février 2003 Auteur : Philippe Delepeleere (Licencié en Criminologie philippe.delepeleer e @fundp.ac.be ou deleep @ hotmail.com)
La question principale de ce mémoire porte sur la pertinence des moyens mis en ½uvre pour lutter contre la criminalité informatique.
L ?étude de la motivation des hackers a permis de souligner que si leurs actes pouvaient trouver leurs origines tant dans le plaisir simplement intellectuel tout autant que dans l ?intérêt financier, entre autres, le passage à l ?acte était fortement dépendant de l ?aspect de facilité présenté par la criminalité informatique. L ?aspect de facilité créera véritablement l ?opportunité.
Le concept d ?opportunité amène à parler du troisième point le plus important de ce mémoire que ce sont les moyens de lutte mis en ½uvre. Il y a évidemment d ?une part la prévention situationnelle, et d ?autre part, la répression.
extrait :
Philippe DELEPELEERE « Hackers : L’autre monde… » p72
Section 4 – Conclusion
Pour les raisons qui ont été évoquées plus tôt, nous nous attarderons, pour cette conclusion, essentiellement sur le réseau Echelon.
Si la vraisemblance de l’existence du réseau Echelon et de ses capacités n’est plus véritablement une question à se poser, ce n’est pas le cas de la réaction à adopter. Nous constatons ainsi que plutôt que de s’opposer à « l’ennemi », l’Union européenne a choisi d’adopter les mêmes méthodes que lui. La question à se poser sera dès lors de savoir si cette attitude permettra de rétablir la balance, ou au contraire, en raison du caractère secret lié à ce type de démarche, d’augmenter, d’aggraver les violations des droits des citoyens. Ceux-ci ne seront en effet plus seulement espionnés en Europe, mais sur l’ensemble du globe. A notre sens, il est clair que le fait-même de choisir de mettre en place un Echelon européen entraîne ipso facto l’impossibilité de revenir en arrière et donc d’empêcher que le réseau Echelon existant de continuer ses agissements.
C’était certes la solution la plus difficile, la plus risquée, mais c’était pourtant surtout la plus sensée. Dorénavant, la solution adoptée est similaire à celle apportée au problème de l’armement nucléaire : au désarmement, plus difficile, plus utopique peut-être, a été préféré l’escalade « nucléaire », chaque pays étant tenu en joue tout en pointant son arme sur son adversaire potentiel. Désormais, nous espionnerons notre voisin tout en sachant qu’il nous espionne. Belle perspective…
Enfin, il nous faut aborder ce qui est peut-être le point le plus important de cette partie consacrée au réseau Echelon.
Il nous semble en effet paradoxal de voir des lois commencer à abonder sur la problématique du hacking, alors que rien, ou presque ne s’applique à Echelon.
Si le piratage opéré par un « particulier » est un crime, il apparaît que le piratage opéré par un Etat serait soit un service rendu au marché économique (comme nous l’expliquait James Woosley), soit une nécessité afin de maintenir un certain équilibre entre espions et espionnés. Le but ici n’est certainement pas de dire que le piratage opéré par les hackers n’est pas grave par rapport aux violations opérées à l’échelle étatique, mais bien de montrer qu’il existe une différence entre établir, consacrer une norme et (pouvoir) l’appliquer.
De même, sans nécessairement se placer sur le plan juridique, comment expliquer que des crimes soient punis ou acceptés (de bon ou mal gré) en raison de la qualité de l’infracteur ? Imagine-t-on de ne pas poursuivre un voleur parce qu’il est un industriel important ? D’autoriser les autorités à utiliser n’importe quelle méthode en vue de lutter contre des infractions ?
La réponse est évidemment non, mais il semble, à la lecture de l’analyse qui précède, que c’est pourtant bien de ce type de « privilège » dont le réseau Echelon, et ceux qui l’exploitent, bénéficient.
Il est important d’avoir à l’esprit que ce n’est pas l’action de l’Etat qui est la source de sa légitimité, mais bien le contraire. Certains actes sont autorisés ou non en fonction de lois, normes, et non en fonction d’une position stratégique sur l’échiquier politique mondial. Il est évident que les propos tenus ici ne sont que théoriques, et que toutes les subtilités de la diplomatie internationale nous échappent certainement, mais il nous semble que l’aspect de résignation, l’absence de contestation suivie d’effets de la part des états concernés (espionnés) est préoccupante.
Le fait de ne pouvoir empêcher une infraction de se commettre ne devrait pas être un obstacle à sa contestation.
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